LA VIE DE WIL LOFY

Wil Lofy fut bien plus qu’un sculpteur et un peintre : il était aussi marin, voyageur et conteur. Son art mêle folklore, humour et une conviction profonde :  la créativité doit rester proche des gens.

Ses créations, présentes au Luxembourg et bien au-delà, sont indissociables des lieux et des communautés qui les ont inspirées. De l’Italie à la France, de l’Égypte aux Caraïbes, du Maroc à l’Amérique du Sud, Wil Lofy a vécu , voyagé et créé.

L’art dans l’espace public

Peu d’artistes ont laissé une empreinte aussi visible dans l’espace public luxembourgeois. L’une de ses œuvres les plus emblématiques, la fontaine Hämmelsmarsch (1982) située au Roude Pëtz à Luxembourg-ville, transpose en bronze une marche folklorique. Réalisée à Pietrasanta, en Italie, sur une période de douze mois, elle est à la fois ludique et monumentale — une célébration de la tradition, de la musique et de la Schueberfouer.

D’autres oeuvres tout aussi appréciées ont suivi : la Botterfra (1987) à Ettelbrück, évoquant l’ancien marché au beurre; les fontaines Maus Kätti à Mondorf-les-Bains (1986) et à Burmerange (1993), inspirées de la célèbre souris des champs d’Auguste Liesch ; ou encore le Blannen Theis (1991) à Grevenmacher, hommage au chanteur errant aveugle Mathias Schou. Chaque création associe des récits locaux à des formes durables, souvent avec une touche d’ironie qui lui vaut la réputation d’« enfant terrible » du Luxembourg.

Son œuvre publique la plus ambitieuse restela fontaine de Bacchus à Remich, inaugurée en 1999. Haute de 3,6 mètres et installée sur l’esplanade de la ville, elle célèbre le patrimoine viticole de la Moselle. Avec Bacchus trônant en bronze, la sculpture incarne l’esprit festif et convivial de la région tout en inscrivant l’art dans le quotidien.

Les commandes de Wil Lofy ne se limitaient pas aux monuments : il a également réalisé des décorations intérieures pour le millénaire de la ville de Luxembourg, des façades, des fresques en céramique et du mobilier ludique pour enfants. Pour lui, « les sculptures publiques sont financées par l’argent public, mon objectif est donc d’apporter aux gens quelque chose de joyeux ».

Le Chili : une seconde patrie

Si le Luxembourg lui a offert une scène publique, le Chili lui a apporté une matière nouvelle une seconde vie. Arrivé en 1985 à bord d’un voilier qu’il avait construit avec son ami Lucien Burcquier, il ouvre un atelier à Cauquenes, où il conçoit des meubles en bois pour des clients tels que les Galeries Lafayette. Ce projet s’inscrit autant dans une démarche artistique que dans une logique de développement, créant emplois et opportunités de formation.

Plus tard, en Patagonie, il collecte des bois exotiques échoués sur les rivages – écho d’une légende locale selon laquelle des esprits auraient été transformés en arbres puis jetés à la mer. Ces matériaux donnent naissance à la série  Gestrandete Geister (« Esprits échoués »), exposée au Luxembourg en 1996. Il réalise également des baignoires monumentales et du mobilier en cèdre des Andes, des œuvres qu’il décrit comme à la fois sensuelles et intemporelles.

Un esprit libre et insatiable

Wil Lofy ne s’est jamais limité à un seul médium. Ses Pëckvillercher (sifflets en céramique en forme d’oiseaux) rencontrent à la fois succès et controverse, donnant lieu à un litige sur leur originalité. Il réalise des gravures du quartier du Grund, dont les bénéfices sont reversés à des festivités pour enfants, et s’engage contre certains projets immobiliers spéculatifs.

Son œuvre explore également d’autres univers : peintures d’inspiration orientale, sculptures d’animaux pour aires de jeux, miroirs en cuivre… Autant de formes à travers lesquelles il mêle artisanat, imagination et réflexion.

L’art de Wil Lofy fait voyager les histoires. Humour et espièglerie s’y conjuguent avec une véritable profondeur, donnant naissance à une œuvre qui continue de surprendre et d’émouvoir.

« Mes œuvres d’art sont en quelque sorte mes enfants », confiait-il. « Je suis heureux lorsqu’elles peuvent mener leur propre vie et être acceptées par les gens. »

Aujourd’hui, ces oeuvres continuent d’exister – dans les fontaines, les rues, les places et les maisons – comme autant de traces d’un artiste qui a façonné sa vie autant que son art.

Quelle que soit la forme, il est resté fidèle à un principe : « D’abord la vie, ensuite l’art. »